Garder le cap Les
Français semblent hésiter entre lamorosité et
l’inquiétude. Tous les sondages récents indiquent, en
effet, une confiance en berne qui s’explique aussi bien par le contexte
économique international que par les réformes
engagées, pourtant indispensables si notre pays veut remonter au
plus vite dans le train de la croissance, du pouvoir d’achat et de
l’emploi Bien sûr, les nouvelles pourraient
être meilleures qu’elles ne le sont, et ce n’est pas jouer les
Cassandre que de rappeler l’impact de la crise financière, de la
crise du logement et de l’envol des prix des matières
premières sur l’économie mondiale. Au reste,
l’Organisation de coopération et de développement
économique vient de réviser en baisse les perspectives de
croissance des pays membres. Pour 2008, la hausse de leur PIB ne
devrait plus s’élever qu’à 1,8 %, contre 2,3 % encore
espéré en décembre dernier. Si le mot de
ralentissement est donc sur toutes les lèvres, il en cache un
autre, que l’on chuchote ici ou là, celui de récession.
Mot troublant par l’inquiétude qu’il génère, mais
qu’il est difficile d’écarter d’un revers de la main, d’autant
que le renchérissement des coûts de l’énergie
bouleverse les prévisions des uns et des autres. Qui peut
raisonnablement affirmer aujourd’hui que le baril de pétrole
n’atteindra pas 200 dollars dans les prochains mois ? Et qui peut en
prédire les conséquences sociales ? De violentes
manifestations se sont produites dans le monde, et ce ne sont sans
doute pas les dernières. N’oublions pas que chaque hausse de 10
dollars du prix du baril coûte un demi-point de croissance aux
États- Unis, et que tout cela n’est pas neutre pour le Vieux
Continent.
Un Vieux Continent dont l’état de
santé reste encore fragile, si l’on veut bien garder en
mémoire que les bonnes surprises du premier trimestre – hausse
du PIB de 0,8 % – ne devraient malheureusement pas se reproduire au
second. La Banque centrale européenne vient ainsi d’abaisser sa
prévision de croissance pour 2009 à 1,5 % contre 1,8 % il
y a trois mois. Une
prévision pessimiste qui ne l’a pas empêché
d’annoncer qu’elle envisageait de resserrer les conditions du
crédit. Jean- Claude Trichet précisant «qu’il n’est pas exclu qu’après
examen de la situation, nous augmentions un petit peu les taux le mois
prochain ». L’occasion de rappeler que les risques pour
la stabilité des prix ont encore augmenté, et que les
prévisions pour la zone – autour de 3,4 % pour 2008, – sont bien
au-delà des objectifs fixés par la Banque centrale. Dans
ce contexte incertain, le « non » Irlandais prend un relief
tout particulier.
Et nous ne sommes pas, nous autres
Français, à l’abri de pareilles tensions inflationnistes.
Puisque l’indice des prix à la consommation vient de progresser
de 0,5% au mois de mai, portant l’inflation à 3,3 % sur un an,
un chiffre qui nous n’avons pas connu depuis 1991, il faut se montrer
extrêmement prudent avec l’évolution des salaires pour
écarter le fameux effet de « second tour ». Un effet
aussi redouté que redoutable pour les entreprises, qui
supportent déjà la revalorisation du salaire minimum–
2,3% au premier mai – lequel devrait être augmenté de 0,9%
au 1er juillet. Confrontées à une
compétitivité acharnée qui s’apparente souvent
à une guerre économique, les entreprises doivent veiller,
c’est une nécessité d’intérêt
général, à leur compétitivité.
L’oublier, c’est donner des armes à nos concurrents..
Ces choses doivent être entendues,
comprises. C’est donc l’effort de pédagogie qui doit s’exercer
à tout moment sur une opinion inquiète des mutations en
cours. Une série de sondages mesure ce pessimisme rarement
égalé. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy voici
un an, l’indice de confiance
global est passe de + 17 en juin 2007 à – 63 en juin 2008 (1). Du jamais vu depuis 2005 ! On reconnaîtra sans peine que la confiance, cet indispensable moteur de la croissance, n’est pas au rendez-vous. Les Français, dans leur très grande majorité, attendent des résultats, notamment sur le pouvoir d’achat, et ne les voient pas venir. Et les résultats obtenus par un gouvernement qui ne cesse d’avancer, on a parfois tendance à l’oublier, ne sont peut-être pas ceux que l’opinion attend. A
cet égard, disons-le tout net, l’attitude de nos compatriotes
face aux 35 heures est assez ambigüe. Le gouvernement avait, et
nous étions les premiers à l’en féliciter,
affiché sa volonté de réformer pour « sortir du carcan des 35 h ».
Une volonté sous-tendue par une philosophie fondée sur le
libre choix, et la réaffirmation de la valeur du travail. Une
philosophie de vie, ouverte, efficace, pragmatique, que certains sont
libres de refuser, mais qui correspond aux nécessités du
moment, à celles d’une société qui accepte de
relever le défi d’un monde ouvert à la concurrence et au
risque. Or, selon une
récente étude, les salariés semblent peu
désireux de travailler plus pour gagner plus. Même s’il
faut rester prudent sur l’interprétation des sondages (2), il faut bien constater que les Français se
sont habitués aux 35
h. Habitués, oui, et le mot est riche de sens. Ils se sont
acclimatés, accoutumés, adaptés tant bien que mal
à cette réduction du temps de travail, mais ils n’ont pas
adhéré massivement
à sa philosophie. Au demeurant, un autre sondage
(3) apporte un nouvel éclairage puisque
52 % des Français considèrent que le gouvernement a
raison de s’opposer aux syndicats car le plus important est de
réformer les 35 h en profondeur. Et les manifestations du 17
juin, organisées dans plus 120 villes, ont peu mobilisé
au grand dam d’un Bernard Thibault, cloué dans son lit par une
méchante lombalgie. On voit donc bien que le devoir
d’explication est plus que jamais d’actualité. Le devoir
d’explication, et le devoir de réforme car il faut être
clair, et personne ne peut accuser le gouvernement de ne pas
l’être en la matière, il est impératif de continuer
les réformes. Un gouvernement qui peut compter sur le plein
soutien du groupe UMP à l’Assemblée nationale puisque son
président vient encore d’affirmer : «chacun doit prendre ses
responsabilités, nous sommes à la mi-2008, il faut
avancer et beaucoup d’autres dossiers sont encore sur la table».
Une façon aussi de répondre aux propos du commissaire
européen aux affaires étrangères et
monétaire Joaquim Almunia « … le message adressé à la
France est qu’elle doit suivre la combinaison gagnante, celle qui
consiste à mener de front les réformes et la
consolidation budgétaire… ». Et chacun sait,
même si les choses ne sont pas toujours simples dans la
réalité, que cette combinaison est celle du
succès, celle de la croissance et de l’emploi.
(1) Sondage BVA - 6/7 juin 2008 retour (2) D'après le sondage Les échos LH2 - L'institut de l'entreprise - 79% des salariés français travaillant dans le secteur public ou privé ne sont pas intéressés par le rachat de leurs RTT. retour (3) Opinion Way pour Le Figaro - 11 et 12 juin 2008 retour |